Le Décalogue transmis par Dieu à Moïse édicté:
«Tu ne commettras pas de meurtre» (5e commandement). Certes, il existe des formes légales de violence dans l’Ancien Testament (par exemple, le talion, la lapidation), et certaines conquêtes militaires sont attribuées à l’intervention de Dieu, mais, pour l’Église, ces textes doivent être lus à la lumière de l’enseignement de Jésus Christ, car c’est Lui qui accomplit les Écritures.
Le fait que la Bible ne soit pas «incréée» laisse toute la place à la contextualisation historique des événements passés, exercice qui appartient au magistère de l’Église, à qui le Christ a confié le pouvoir d’interpréter l’Écriture sainte. La violence contre le prochain, sous quelque forme que ce soit, ne peut donc avoir de valeur définitive. D’ailleurs, parallèlement aux pratiques admises, dans tout le déroulement biblique, Dieu - s’adaptant à la maturité des peuples concernés - fait œuvre de pédagogue pour montrer aux hommes le chemin à prendre en vue de la justice et du bonheur. Cette pédagogie divine est parvenue à son point culminant avec le Christ qui a interdit, entre autres, la répudiation et la vengeance (Mt 5, 31 et 38).
De même, la violence ne peut être imputable à Dieu, car II n’a pas besoin des hommes pour défendre ses droits.
Jésus Lui-même, «Prince de la paix», l’a montré.
Au moment de son arrestation, lorsque saint Pierre frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille,
Il lui dit: «Rengaine ton glaive; car quiconque prend le glaive périra par le glaive. Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d'anges?» (Mt 26, 52-53).
À sa suite, de nombreux papes ont rappelé l’impossibilité de commettre une agression en prétendant agir sur ordre de Dieu. Il faut ajouter que, pour le christianisme, le triomphe de la Vérité et l'avènement du Royaume correspondent à des perceptions spirituelles et non temporelles.
Depuis sa naissance, l’Église n'a cessé d’approfondir sa réflexion sur la violence. Prenant acte que celle-ci est intrinsèque à l'humanité pécheresse, elle a essayé d’en limiter l’usage et les conséquences. C'est ainsi qu’a été forgé le concept de«guerre juste». Pour être légitime, la guerre doit répondre à des critères précis, tels que le souci de la justice, la recherche d’un plus grand bien, le respect de la dignité humaine, etc. (cf. Catéchisme de l'Église catholique, nos 2302-2317), et elle doit être justifiée par les circonstances, tout autre moyen ayant été épuisé. A. L.
Le Coran enseigne-t-il la haine des juifs et des chrétiens?
«Ô vous qui croyez! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens. Ils sont alliés entre eux et, si vous les prenez pour alliés, vous deviendrez un des leurs» (Coran 5,51). Plutôt que la haine, c’est la méfiance que l’islam enseigne envers les juifs et les chrétiens. Cette méfiance repose, pour les juifs, sur la réprobation de leur attitude envers Mahomet et ses disciples et, pour les chrétiens, sur la condamnation de leurs croyances, notamment la Sainte Trinité. La position du Coran reflète l’expérience de Mahomet avec les uns et les autres. Le judaïsme et le christianisme étaient en effet répandus dans la Péninsule arabe au VIIe siècle. Le Livre sacré des musulmans contient d’ailleurs des personnages et des épisodes bibliques, mais ceux-ci ont été islamisés, y compris Abraham dont le Coran dit qu’il «n’était ni juif ni chrétien, mais monothéiste pur» (3,67). Juifs et chrétiens ont bien reçu le «Livre de Dieu», d’où le nom de «gens du Livre» qui leur est attribué, mais ils ne lui ont pas été fidèles, en occultant notamment l’annonce de la venue de Mahomet qui aurait été inscrite dans la Torah et l’Évangile, et en déformant le message divin sous l’inspiration des démons.
«Ô détenteurs de /'Écriture! Pourquoi travestissez-vous la vérité au moyen d’un faux?» (3,71). De ce reproche est née la doctrine de la falsification (tahrîf). Le grief contre les juifs concerne aussi leur refus de se soumettre à l’autorité temporelle de Mahomet, ce qui leur vaut d’être tombés en disgrâce aux yeux de Dieu (5,14 et 18). Quant aux chrétiens, leur monothéisme est altéré par I’«associationnisme» (divinisation de Jésus et de Marie) (9,31), seul péché irrémissible (5,73). Certes, les disciples de Jésus bénéficient d’une sympathie qui n’est pas accordée aux juifs. «Tu constateras que les hommes les plus hostiles aux croyants sont les juifs et les polythéistes. Tu constateras que les hommes les plus proches des croyants par l'amitié sont ceux qui disent: “Oui, nous sommes chrétiens", parce qu’on trouve parmi eux des prêtres et des moines qui ne s'enflent pas d’orgueil» (5,82). Mais la suite du verset conditionne aussi cette sympathie à leur adhésion à l’islam (5,83). En définitive, les fidèles des deux religions doivent se soumettre au statut humiliant de la dhimmitude dans les pays gouvernés par l’islam (9,29), avant d’être anéantis par Dieu à cause de leur «stupidité» (9,3) A.L.
L'attitude de l'Eglise envers les non Chrétiens
«Celui qui n'aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour» (1 Jn 4,8). La vraie connaissance de Dieu passe par l’accueil de la Révélation qu’il a faite gratuitement aux hommes, et par l’imitation du Verbe incarné. L’amour de Dieu envers ses créatures n'étant pas sélectif, mais offert à tous, les chrétiens sont invités à suivre le précepte du Christ: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés»
(Jn 13,34). Pour Lui, qui a voulu se faire le frère des hommes (Rm 9,29), la notion de « prochain » n’est pas réservée à ceux qui sont proches par la religion, la nationalité, la parenté ou le voisinage.
Elle est universelle et ne doit donc exclure personne, pas même les ennemis.
«Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent» (Mt 5,43). Jésus Lui-même a donné l'exemple sur la Croix en priant son Père de pardonner à ceux qui Le mettaient à mort. À sa suite, une multitude de martyrs L’ont imité et continuent de le faire. C’est d'ailleurs cette attitude qui signe l’authenticité du martyre chrétien. Aimer les autres, quelles que soient leurs croyances, est également une exigence de la foi chrétienne. Rien dans le Nouveau Testament et dans l’enseignement de l’Église ne peut justifier le rejet, le mépris, voire la haine, de ceux qui ne croient pas en Jésus Christ et/ou ne sont pas baptisés. Cet impératif de charité n'exclut pas la nécessité d’une approche lucide, clairvoyante et prudente des doctrines qu’ils suivent. Car, selon saint Paul, « la charité met sa joie dans la vérité» (1 Co 13,6). C’est pourquoi l'Église met ses fidèles en garde contre l’indifférentisme et le syncrétisme religieux. A. L »
Un musulman peut-il renoncer à l’islam?
Du point de vue musulman, l’islam étant la religion inscrite dans le cœur de l’homme dès la Création, y renoncer pour l’athéisme revendiqué ou pour une autre religion est impensable. La liberté de conscience n’est donc pas reconnue.
Le Coran menace de l’enfer éternel le musulman qui enfreint ce principe. «Quant à celui qui se sépare du Prophète après avoir clairement connu la vraie Direction, et qui suit un chemin différent de celui des croyants: Nous nous détournerons de lui, comme lui-même s'est détourné; Nous le jetterons dans la Géhenne: quelle détestable fini» (4,115).
Cependant, aucune peine temporelle n'est prévue. Mais cette lacune est compensée par un ordre attribué à Mahomet dans la Sunna: «Celui qui quitte la religion, tuez-le!» En vertu de cette sentence, certains États musulmans prescrivent la condamnation à mort de celui qui se rend coupable du crime de ridda, concept regroupant l’apostasie de la religion et la trahison de l'Oumma (la nation musulmane). Même lorsqu'aucune peine n’est prévue par la loi, ses proches peuvent se charger eux-mêmes de tuer le «criminel» sans risquer d’être traduits en justice. Le plus souvent, le musulman qui renonce à sa religion doit se séparer de sa famille, il peut perdre son emploi ou sa nationalité, et être obligé de quitter son pays. A. L
Un catholique peut-il renoncer à sa foi?
Le Catéchisme de l'Église catholique définit l’apostasie comme «le rejet total de la foi chrétienne» (n° 2089). Cela concerne les chrétiens qui renient leur baptême, soit pour une autre religion, soit pour un agnosticisme ou un athéisme déclaré.
L’apostasie est un péché mortel qui entraîne la peine d’excommunication latœ sententiæ, et donc l’exclusion de la communion de l’Église (Code de droit canonique, n° 1364).
Mais l'Église n'a pas le pouvoir d’infliger une sanction de type civil ou pénal.
Par ailleurs, si elle condamne l’acte, elle reste attentive au salut de son auteur. C’est pourquoi elle s'abstient
de tout jugement définitif pour celui qui a renoncé à sa foi. Elle refuse également toute attitude de mépris ou d’humiliation envers l’apostat, persévérant ainsi dans la charité, dans l'espérance de spn retour, et alors prête à lui offrir le pardon de Dieu.
La question de i’apostasie soulève le problème de la liberté religieuse. Au concile Vatican II, par sa déclaration Dignitatis humanœ, l'Église catholique a considéré cette liberté comme la plus importante de toutes, car elle a «son fondement dans la dignité même de la personne humaine, telle que l'ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même». La déclaration conciliaire précise qu’il s’agit d'un droit de nature civile et non de nature morale, tous les hommes étant tenus, d’une part, de «chercher la vérité, celle tout d'abord qui concerne la religion», et, d’autre part, d’«adhérer à la vérité dès qu'ils la connaissent» et «de lui être fidèles».
Ce qui compte, c’est l'absence de coercition envers la pratique du culte et l’absence de contrainte sur les consciences.
Saint Jean-Paul II a rappelé ce principe dans son encyclique Redemptoris missio: «L’Église propose, elle n’impose rien: elle respecte les personnes et les cultures, et elle s'orrête devant l'autel de la conscience» (n° 39). A. L